Témoignages

Retrouvez ici des témoignages sur la France occupée.

 

 

« Je ne courais plus que pour la Résistance… »  Guillaume Mercader habitait Bayeux. Avant la guerre, il était cycliste professionnel. Entre 1941 et 1944, Guillaume Mercader fait semblant de s’entraîner et profite de ses sorites en vélo pour recueillir des renseignements qui aideront les Alliés à préparer le Débarquement.   « Pour récolter les informations, je circulais à vélo. C’était facile pour moi. Des agents de liaison me donnaient des papiers que je glissais dans des enveloppes que je plaquais sous mon pull-over de cycliste. Au niveau de l’arrondissement de Bayeux, le repère principal de la résistance était situé au 1 de la rue St-Malo. Là, avec le notaire, nous reprenions les croquis faits par les agriculteurs, pour les replacer sur un plan à la bonne échelle pour le chef d’état-major. Ensuite, à peu près toutes les semaines et toujours à vélo, j’allais déposer à Caen, au 259 rue Saint George, une enveloppe contenant les plans et des renseignements. C’était le responsable départemental, Eugène Melun, ingénieur des ponts et chaussées, qui passait ensuite les récupérer. Du temps de la guerre, jamais nous ne nous sommes croisés, par mesure de sécurité ». J’ai très souvent été arrêté près de la pointe du Hoc, un endroit très surveillé et assez éloigné de ma résidence. Il fallait donner des raisons. Alors, je montrais ma licence de cycliste professionnel et je disais que j’étais à l’entraînement, alors que je ne courais plus que pour la résistance ! J’ai eu de la chance, ils m’ont toujours laissé passer. »

« La plupart des enfants de mon âge ont connu la faim, le froid, la peur… »   « Pendant cette période, nous allions bien sûr à l’école. Il nous arrivait de chanter tous en rang dans la cour « Maréchal nous voilà ». C’était pour Pétain, chef de l’Etat français. Comme on n’avait pas grand chose à manger, on nous distribuait des gâteaux vitaminés (2 jusqu’à 9 ans, 4 à partir de 10 ans) ainsi que des petites pastilles roses. Nos parents avaient des cartes d’alimentation avec tickets. Le pain était noir et limité à une demi tartine par repas, à la place du beurre, c’était du saindoux. Mon père cultivait deux jardins et nous n’avons pas manqué de légumes. Mes frères et moi ramassions le crottin des chevaux des maraîchers qui passaient devant chez nous pour aller au marché de Talensac, ça engraissait le jardin. Beaucoup d’hommes étaient partis travailler en Allemagne (Service du Travail Obligatoire) réquisitionnés souvent sur leur lieu de travail. Mon père était ainsi parti, puis revenu, car il avait 4 enfants. On manquait un peu de tout, y compris pour s’habiller. Un jour, j’ai déchiré largement une robe « bleue » en sautant pardessus une barrière avec mes frères. Ma mère n’a pu que me mettre un grand morceau de tissu « rose » pour boucher le trou. Mais, on ne disait rien, car c’était la guerre. Dans nos pieds, on avait des galoches à semelles de bois que mon père ressemelait régulièrement avec du pneu et des bas de laine noirs. Si on n’avait pas froid aux pieds, ce n’était pas le cas de nos mains gonflées d’engelures et pleines de gerçures, car les hivers 1941 et 1942 ont été très durs. Les carreaux de nos fenêtres étaient couverts de fougères glacées. Dans cette période de septembre 1939 à septembre 1943, la plupart des enfants de mon âge ont connu la faim, le froid, la peur. Après ce terrible bombardement du 16, nous avons été contraints de partir nous réfugier à la campagne et, huit jours après, le 23 septembre 1943 au moment où nous y arrivions, nous avons vu, depuis 40 km de Nantes un énorme incendie sur notre ville. C’était le deuxième bombardement détruisant le centre. Les deux ont fait 1300 morts. »   Témoignage de Mado à retrouver –> ici

La vie quotidienne à Paris vue par l’écrivain Georges Duhamel « De bonne heure le matin, elle compte ses tickets et établit un véritable plan de bataille pour obtenir de quoi nourrir sa famille. Avant de partir, elle prépare du faux café additionné de faux sucre (la saccharine). Ayant fait sa toilette à l’eau froide en prenant garde à ne pas faire mousser le savon trop longtemps, elle se rend chez le marchand de légumes et, par chance, y achète le dernier chou-fleur. Pas de problème à la charcuterie, il n’y a plus rien… pas de saccharine non plus à la pharmacie. Rentrée chez elle, elle prépare le repas qui se compose du seul chou-fleur. L’après-midi, après avoir reprisé quelques vêtements usés, elle repart en quête du repas du soir… »   Extrait du « Journal d’une parisienne » de Georges Duhamel

« A partir de l’arrivée des Allemands, il était défendu d’écouter la BBC. » Comme il y avait des Français qui continuaient à écouter, l’occupant avait brouillé les ondes par une petite musique et, pour pouvoir entendre quand il y avait le brouillage, il fallait mettre le son très fort ce qui, même avec les volets fermés, pouvait être entendu de la rue. Ensuite, les Français ont été obligés de remettre tous les postes à l’autorité allemande. On n’était plus supposés avoir de postes et si on était trouvé avec un appareil, on était envoyé en prison et ça pouvait se terminer en camp de concentration.

 

Moi, j’avais depuis longtemps un poste à galène que mon grand-père m’avait confié quand j’étais interne au lycée. Avec un camarade qui s’y connaissait mieux que moi, j’ai réussi à réduire le volume du poste à galène et j’ai pu le cacher dans une boite d’épinards, vide bien sûr. Je le gardais dans la cave avec des haricots secs dessus. Il y avait deux autres boites à côté pleines de haricots secs et je me disais : si jamais les Allemands fouillent, j’espère qu’ils videront une boite où il n’y a pas de poste à galène. Les écouteurs étaient cachés dans une vieille malle au grenier. Je raccordais le tout pour écouter les trois émissions de la BBC qui donnaient des nouvelles en français. J’écoutais le matin vers 8h et quart, le midi vers midi et quart, le soir vers 8h et quart. Mon père s’inquiétait un peu, il disait « Tu nous feras tous fusiller avec ton poste à galène ! ».

 

Là où c’était le plus stressant, c’était avant le débarquement, à partir du mois de mai, à l’époque où j’ai su quels messages allaient passer pour nous prévenir de l’arrivée des Alliés. Il y avait deux cents messages qui passaient tous les jours, alors là il fallait écouter attentivement. La moitié était des messages « bidon » pour tromper l’occupant. Au moment du débarquement, il y avait beaucoup de groupes à prévenir… chaque région avait son message auquel s’ajoutaient des messages spéciaux pour prévenir certains groupes de résistants qui devaient entrer en action.

Témoignage d’André Heintz, résistant caennais. Ce témoignage est présenté au Mémorial de Caen, dans la salle consacrée au Débarquement et à la bataille de Normandie.